L'imprimerie
Par Sven Cailteux, vendredi 4 avril 2008 :: Imprimerie :: #127 :: rss
L'imprimerie est un ensemble de technologies permettant de reproduire des écrits et des illustrations en grande quantité sur des supports plans, généralement du papier, et pouvoir ainsi les distribuer à grande échelle. Les techniques vont de la composition des textes au façonnage (reliure, pliure…) en passant par l'impression et la relecture.
Histoire
L'histoire de l'imprimerie est étroitement liée à celle de l'humanité. Depuis que l'Homme a développé des moyens de communiquer (peintures rupestres, écriture...), il a cherché à pérenniser ses œuvres et à les diffuser.
Des scribes égyptiens, qui gravaient la pierre, aux moines copistes médiévaux, qui passaient leurs journées à reproduire des œuvres — religieuses pour la plupart — en les recopiant à la main, l'homme a très vite cherché à automatiser ces moyens de copie.
En europe
De premiers bois gravés permettent la reproduction en nombre d'écrits, de gravures : ce procédé se nomme xylographie. Les balbutiements de la typographie se heurtent à un problème de taille : en cas d'erreur, il faut tout refaire.
Johannes Gensfleisch, plus connu sous le nom de Gutenberg (son nom sera parfois francisé en « Gutemberg »), a vers 1440 l'idée d'utiliser un procédé analogue : l'usage des caractères mobiles en plomb. On attribue à Gutenberg la naissance de la typographie moderne, bien que cette dernière ait existé déjà en Corée, mais la véritable innovation de Gutenberg est l’introduction de la presse à imprimer. De cette évolution, on retiendra donc deux types d'ouvrages : les incunables, livres de l'ère pré-Gutenberg édités entre 1450 et 1500, et les livres dits modernes, issus de la typographie, puis des techniques plus modernes telles que l'impression offset ou l'héliogravure.
L'innovation de Gutenberg en Europe réduit considérablement le nombre d'heures-hommes nécessaire, donc le coût, de production du livre en Europe, et permet ainsi d'en élargir largement la diffusion.
L'activité d'imprimeur reste longtemps au stade du petit artisanat. Si les salaires sont faibles, le travail est considéré comme prestigieux. Le livre restant un objet coûteux, le typographe vit en permanence au contact des lettrés, ce qui le distingue. Privilège important : il a droit au port de l'épée.
Un atelier emploie en moyenne, en plus du maître qui s'occupe des corrections, quelques compositeurs qui assemblent les types et quelques pressiers. L'apprenti est l'homme à tout faire : il doit savoir lire et écrire le latin et le grec, et va faire son apprentissage durant deux à cinq ans au service du maître. Après son apprentissage, devenu compagnon, il fera son « tour de France », pour parfaire son métier avant de s'établir, comme c'est le cas dans tous les compagnonnages depuis le Moyen Âge.
Les imprimeurs signent leurs œuvres et l'on retrouve leur nom sur les livres qu'ils ont imprimés. La marque d'un maître peut être « blasonnée » et constituer ainsi une sorte d'héraldique de métier, comme ce fut le cas pour les compagnons passant tailleurs de pierre. Les marques d'imprimeur comportent des lettres : la lettre X (qui évoque le chrisme), V, S, ainsi que l'alpha et l'omega. Elle peut faire figurer des symboles comme le globe et la croix. Elle utilise aussi massivement le fameux « Quatre de Chiffre », marque mystérieuse et profondément christique, qui n'a pas encore livré tous ses secrets.
La typographie occupe la scène de la communication du xvie siècle jusqu'au troisième quart du xxe siècle. Les temps modernes voient apparaître de nouvelles techniques de reproduction tant pour l'imprimerie proprement dite que pour la bureautique. La xérographie, procédé de photocopie, la ronéotypie, le fac-similé ou fax (télécopie). L'industrie graphique s'était auparavant doté d'outils nouveaux avec l'avènement de l'impression offset remplaçant les caractères en relief par un procédé de report d'encre et d'eau sur une plaque. Les parties à ne pas imprimer reçoivent l'eau et les parties à reproduire, l'encre, qui est hydrophobe. La plaque est ensuite pressée contre un blanchet et le blanchet imprime par report la feuille. Ce procédé a permis d'introduire l'impression en quadrichromie, c'est-à-dire en couleurs, le spectre étant reproduit à partir de trois teintes primaires (le cyan, le magenta et le jaune) auxquelles on a ajouté le noir afin de renforcer les teintes et donner un meilleur contraste aux tirages en couleurs.
En Asie
La xylographie a été pratiquée dès le ixe siècle en Chine, en Corée et au Japon. Un million de textes bouddhiques en chinois furent imprimés sur l'ordre de l'impératrice Koken entre 764 et 770, et enfermés dans autant de stûpa. Plusieurs centaines de ces petits documents sont arrivées jusqu'à nous.
Les plus anciens xylographes datés ont été découverts :
en Corée - 704-751 : le dharani-sutra de la lumière pure, découvert en 1966 à Kyongju
en Chine - 868 : c'est le Sutra du Diamant, premier exemplaire important connu, livre bouddhique avec gravures, trouvé en 1907 par Aurel Stein dans les grottes de Mogao près de Dunhuang. Il est conservé à Londres (British Museum)3.
Les Chinois ont été les premiers à utiliser les caractères mobiles, au xiie siècle. Cette technique leur a permis de conserver fidèlement les traditions culturelles. L'inventeur chinois Pi Ching aurait employé dès 1041 des caractères mobiles en terre cuite.
Les caractères métalliques auraient vu le jour en Corée vers 1234. Le plus ancien livre imprimé à partir de caractères mobiles en métal date de 1377. Il s'agit du Jik ji sim kyong.
Technologie
De Gutenberg au xixe siècle, les innovations techniques sont des modifications de détail, visant à améliorer le rendement et l'efficacité. L'alliage utilisé pour les caractères reste sensiblement le même. Au xviiie siècle, l'Anglais Stanhope réalise la première presse entièrement métallique.
L'imprimerie a été révolutionnée dans les années 1880 par l'invention de la linotype (Otto Mergenthaler, 1884). Cette machine accélérait la composition en substituant au registrage manuel des caractères mobiles une saisie au clavier de chaque ligne de texte : non seulement l'opération était-elle accélérée, mais aussi plus sûre. La saisie du texte au clavier se traduit par la composition mécanique d'une matrice, qui sert ensuite de moule pour une coulée d'un alliage étain-plomb, formant une ligne-bloc d'un seul tenant. C'est cette ligne-bloc qui était encrée et qui réalisait l'impression proprement dite. La société Monotype Corporation Ltd créa au fil des années ses propres polices de caractères, inspirées des fontes historiques, et la plupart sont encore protégées par copyright aujourd'hui. Pour les livres et la presse, l'impression par machines linotype se substitua à l'imprimerie traditionnelle à partir de 1900 et régna sans partage jusqu'au début des années 1970.
Dans les années 1940, on imagina de substituer aux lignes-blocs une plaque qui pourrait indifféremment comporter du texte ou une image. Cette plaque imprimante fixait l'encre aux endroits voulus par charge électrostatique (plaque dite « électrographique ») ou par insolation (« cliché »). Cette technique donna naissance aux premiers photocopieurs et ouvrait la voie à la conception des plaques offset.
Parallèlement, la composition s'est informatisée. On a vu apparaître, à la fin des années 1960, début des années 1970, les premiers procédés de photocomposition. Un système de miroirs, dans lesquels les caractères étaient ajourés, servait de « pochoir » à la lumière qui allait impressionner une surface sensible, le « bromure », lequel était ensuite révélé et fixé comme un papier photographique ordinaire. Les textes ainsi composés — au kilomètre — allaient ensuite être montés sur les supports et la mise en page se faisait manuellement. Le montage achevé, on réalisait un cliché du tout puis on insolait la plaque qui allait servir à l'impression. La photocomposition et le tirage offset allait perdurer presque vingt ans, les procédés évoluant avec l'apparition du laser qui allait insoler directement les films, faisant disparaître les systèmes à miroirs. Dès cette époque, les livres n'étaient plus « imprimés » comme c'était encore le cas avec la linotype : on ne voit plus la pression des caractères sur le papier, l'encre est simplement absorbée sur le papier à l'endroit où elle est fixée par la plaque offset.
Le grand tournant de cette fin de siècle fut l'apparition des premiers ordinateurs personnels et surtout des Macintosh, à partir de 1984, qui ont vu la démocratisation de la publication assistée par ordinateur (PAO), auparavant réservée aux mainframes et à la mini-informatique. Ce micro-ordinateur a permis avec un budget artisanal de tout faire sur le même poste : acquisition d'images numérisées, retouche d'images, création de dessins vectoriels, mise en pages avec des logiciels dédiés, permettant d'amalgamer textes et images. Ces opérations étaient déjà possibles sur des systèmes dédiés mais au coût prohibitif. Le Macintosh, en particulier, a permis de rendre ce métier accessible tout en provoquant certains dérapages : en effet, la démocratisation d'une technique ne démocratisait pas pour autant le savoir-faire associé (connaissance par exemple des règles typographiques, incontournables dans le domaine professionnel).
Parallèlement à l'évolution de la composition, toute la chaîne graphique se met à connaître de profonds bouleversements. Ainsi, à partir du poste de composition, photogravure et mise en page sont venus s'adjoindre divers périphériques d'écriture tels que les CtF (Computer to Film), appelés aussi flasheuses, qui permettent d'insoler les films de chacune des couleurs d'impression (quatre dans le cas de la quadrichromie) afin de produire les plaques par transfert optique. Ce progrès permet de se passer du montage manuel des mises en page. Le transfert optique fait cependant perdre de la définition dans les points de trame et ne dispense pas de retouches sur plaques, car il peut y avoir des « pétouilles », dépôts parasites dus à des poussières.
L'évolution suivante a été le CtP (Computer to Plate) — graveur de plaques — où le film a été remplacé par la plaque (base aluminium en général, parfois en polyester) qui sera alors insolée ou « gravée » directement à partir du fichier électronique. Ensuite, l'opérateur n'a plus qu'à caler ses plaques directement sur la presse.
Dernière évolution en date, concernant la presse offset classique, c'est l'embarquement du système CtP sur la presse. C'est ce que l'on appelle le DI (Direct imaging). Il n'y a alors plus d'opération intermédiaire entre le poste de mise en pages et la presse, la gravure se faisant directement sur le cylindre porte-plaque de la presse offset. Avantage : repérage exceptionnel des différents groupes et économie de temps de calage.
Un autre créneau nait de l'évolution des photocopieurs : les presses dites numériques où tout le système classique a été remplacé par des systèmes de transfert d'image du type photocopieurs, permettant alors des tirages instantanés et fidèles du document d'entrée (fichier, épreuve…), avec un coût largement supérieur qui le réserve dans un premier temps, aux courts tirages (thèses, autoédition...).
Connectés à des bases de données, ces procédés d'impression numérique permettent également de produire des documents contenant des textes et des images variables : annuaires, horaires, tarifs, catalogues simples...
Droit d'auteur : Tous les textes sont disponibles sous les termes de la licence de documentation libre GNU (GFDL).
Commentaires
Aucun commentaire pour le moment.
Ajouter un commentaire